05.07.2016

Rapport : Sous-nutrition, cas emblématique du fossé entre l’APD française et les besoins des pays touchés

La sous-nutrition dans les huit pays cibles de l’APD française : Principales conclusions et recommandations

 

En 2016, la France s’est dotée d’une feuille de route pour la nutrition dans les pays en développement qui présente les axes stratégiques de son aide allouée à la nutrition. Ce document de programmation vise à améliorer la prise en compte par la France de la nutrition dans ses programmes et stratégies humanitaires et de développement. Il cible 8 pays prioritaires : le Burkina Faso, le Cameroun, le Laos, Madagascar, le Mali, le Niger, la République centrafricaine et le Tchad.

A ce jour la France n’a toujours pas mobilisé les financements nécessaires pour soutenir les indicateurs de réussite affichés par la feuille de route. Pourtant, les 8 pays cibles font de la lutte contre la sous-nutrition une priorité, et la France est tenue de structurer son aide publique au développement (APD) en fonction des priorités des pays bénéficiaires. Cette feuille de route devrait donc être financée à hauteur de la priorité donnée à la lutte contre la sous-nutrition par ses pays cibles.

La lutte contre la sous-nutrition : une priorité pour l’ensemble des pays cibles de la feuille de route

 

Les pays cibles ont témoigné à maintes reprises leur volonté nationale de lutter contre ce fléau, tant par leurs engagements internationaux (sommet Nutrition pour la croissance, Déclaration de Rome sur la Nutrition et son cadre, mouvement Scaling Up Nutrition…) que régionaux (déclarations du sommet de l’Union africaine de Malabo en 2013).

Ils priorisent également la nutrition au sein de leurs instances et stratégies nationales. Les 8 pays étudiés ont ainsi fait de la nutrition un objectif ou sous-objectif à part entière de leur politique nationale de développement. Ils disposent de documents de stratégie de lutte contre la sous-nutrition, qui n’est pas seulement perçue comme un enjeu de santé publique, mais constitue une priorité nationale à traiter de manière transversale et dans une perspective de long-terme.

Cette priorisation se retrouve également dans les stratégies sectorielles des pays. L’ensemble des stratégies agricoles et de santé, la majorité des stratégies de protection sociale et la moitié des stratégies d’éducation des pays cibles font ainsi de la réduction de la sous-nutrition un de leurs axes d’intervention.

Qu’en est-il des financements français ?

 

APD FR PPP

Ils ne sont en aucun cas à la hauteur des fonds nécessaires à la lutte contre la sous-nutrition dans ces pays, et pas en adéquation avec leur volonté de lutter contre ce fléau. L’aide française à la nutrition allouée en 2013 aux 8 pays cibles de la feuille de route s’élevait à 8,35 millions d’euros, soit 2,2% seulement de l’APD française totale allouée à ces pays.

Ils ne reflètent pas non plus l’approche multisectorielle de lutte contre la sous-nutrition souhaitée par les pays. L’APD française allouée en 2013 à la nutrition dans les pays cibles était constituée à 9% de projets relatifs au secteur de la santé, le reste couvrant des programmes d’assistance alimentaire. Or cette vision urgentiste va à l’encontre de celle unanimement partagée par les pays jugés comme prioritaires par la feuille de route, chez qui les exemples de projets à mettre en œuvre ne manquent pas mais qui sont en recherche de financements.

Nos recommandations

La France doit faire du financement de sa feuille de route un des chantiers prioritaires de son APD en 2016. Cela doit passer par :

  • une augmentation du montant de ses financements nutritionnels à hauteur de 500 millions d’euros sous forme de dons, dont 200 millions pour les interventions spécifiques à la nutrition d’ici à 2020 ;
  • un portage politique de la feuille de route tout en s’assurant que les moyens financiers nécessaires sont alloués à sa mise en œuvre ;
  • un renforcement de la traçabilité de son APD bénéficiant à la lutte contre la sous-nutrition ;
  • un financement en priorité des programmes de développement qui prennent en compte le volet nutrition dans les contextes où les problématiques nutritionnelles sont les plus marquées.

Lire notre rapport ici

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